A votre avis, dois-je le quitter ?

En tant que consultant en outplacement, m’est souvent adressée la question suivante : « Je souhaite changer de boulot, dois-je quitter mon employeur actuel pour pouvoir me consacrer à sa recherche ? ». Quand ce n’est pas une question, c’est une affirmation au caractère définitif : « C’est évident qu’il faut rester dans son poste jusqu’à ce qu’on ait trouvé un nouveau boulot. »

[Alerte second degré !] En bon coach, au clair avec les conflits d’intérêt et la déontologie, je réponds systématiquement et invariablement qu’il faut quitter immédiatement son job, négocier un juteux contrat d’accompagnement (outplacement) avec son employeur actuel et signer celui-ci avec moi. [Fin d’alerte second degré !].

La réponse n’est évidemment pas si simple, loin d’être binaire, et encore moins absolue : la réponse est avant tout personnelle. Voici quelques pistes de réflexion.

 

Un bon business plan

Une des premières actions à mener est d’établir un business plan à l’échelle de la cellule familiale : prendre en compte ses charges (emprunt, loyer, frais de scolarité, dépenses courantes, etc.) et ses revenus (revenu éventuel du conjoint, Pole Emploi, indemnité de départ (s’il y en a), etc.) ; existe-t-il par ailleurs des capitaux mobilisables apportant une sécurité supplémentaire ? In fine, vous saurez de combien de temps vous disposez devant vous pour mener votre réflexion et votre recherche.

J’ai récemment eu une discussion avec un candidat accompagné qui m’indiquait qu’il supportait l’essentiel des revenus de sa famille et ne pouvait par conséquent pas imaginer quitter son job actuel car il devait impérativement maintenir un niveau de revenu stable. En creusant un peu, il m’a « avoué » que s’il décidait de partir, il empochait mécaniquement un chèque conséquent, un plan de départ volontaire étant en vigueur dans son entreprise. Calcul fait, il est arrivé à la conclusion qu’en quittant son employeur actuel, il avait la possibilité de maintenir son niveau de revenu pendant près de trois ans sans « taper » dans la réserve de ses économies. Un calcul objectif vaut mieux qu’une perception subjective !

La raison du départ : être au clair

Si je me pose la question de partir, il est judicieux de me poser la question des raisons qui me poussent à partir.

Si je décide de partir pour fuir une personnalité toxique de mon entourage professionnel (si, si, ça existe, je vous assure !), un pervers narcissique, un névrosé obsessionnel, un paranoïaque psychotique, ou plus simplement une personne que je ne peux plus encadrer, qui me provoque une crise d’eczéma chaque fois que je la croise (soit tous les jours de la semaine en fait), la question fondamentale est : si je reste, serai-je capable de me libérer du temps de cerveau disponible, de la charge mentale, pour me consacrer à mon projet sans être obsédé par la personnalité toxique ?

Dans une autre situation, si je souhaite partir parce que mon employeur me met dans un « placard », la question de l’employabilité à moyen terme doit être posée : quelle histoire raconterai-je à mes potentiels employeurs ? Quel sera mon niveau de confiance en moi si je n’ai pas d’estime pour ce que je fais ? Quel sera mon niveau d’attractivité vis-à-vis des recruteurs ? Il sera utile de se poser la question de ce que l’on gagne objectivement à rester (sécurité, rassurance) par rapport à ce que l’on perd (liberté d’organisation de sa recherche, temps, disponibilité mentale).

Une chose est certaine : quelle que soit la raison de la volonté de départ, regarder sans filtre les raisons fondamentales de partir, les gains et les pertes associés, n’est jamais un mauvais investissement.

Quitter c’est utile, construire son projet, c’est très utile aussi !

La fuite, nous l’avons vu, peut constituer un bon moyen de protection par rapport à une personnalité toxique ou une impasse professionnelle et peut s’avérer utile, voire salutaire. Il est tout aussi important de réfléchir au futur, à son projet professionnel.

Il est primordial de passer rapidement en mode « construction de son projet professionnel », et de prendre autant que possible le temps nécessaire. La fuite est rarement bonne conseillère pour son projet professionnel : elle nous éblouit avec ce dont nous ne voulons plus, le champ des possibles reste néanmoins très vaste une fois éliminé ce que nous ne voulons plus. Fuir un emploi pour prendre le premier emploi qui passe n’est pas forcément la meilleure solution pour gérer sa carrière à plus long terme !

Se donner le temps de la réflexion, de la construction n’est jamais un mauvais choix.

La recherche d’un emploi, quelle charge ?

Tout d’abord, interrogeons-nous sur les canaux permettant de retrouver un emploi : la réponse à une annonce, les chasseurs de tête et le réseau.

Pour un cadre expérimenté, un cadre supérieur ou un cadre dirigeant, la probabilité de retrouver via le réseau est d’environ 80% ; fort de ce constat, c’est sur ce canal qu’il faut se concentrer. Sachant que statistiquement un job se décroche après une bonne centaine d’entretiens réseau, on se rend compte que la charge est rapidement importante : un entretien se prépare, se déroule, se débriefe et entraîne de nouveaux entretiens. Une campagne de recherche bien menée est un quasi-temps plein.

La décision de partir ou de rester aura mécaniquement un impact sur la durée de votre recherche : êtes-vous prêt à rester tout le temps de votre recherche dans votre emploi actuel est alors la question à se poser.

 

La décision de partir, de négocier un départ avec son employeur n’est jamais une décision facile à prendre. La part d’incertitude est là, c’est évident ; le risque est présent, c’est évident aussi ; est-il important ? C’est beaucoup moins évident après une analyse objective.

Un dernier conseil : envisager l’accompagnement par un cabinet d’outplacement dès son départ est rarement une mauvaise décision : ne pas se retrouver seul, avoir une ou un coach à ses côtés, des « collègues » candidats avec qui parler de son expérience, des moments de partage, une structure, des bureaux, une méthode, un accompagnement dans la réflexion de son projet professionnel.